27 mars

 

Notre retraite de carême s'achève aujourd'hui : j'aurais aimé que nous puissions poursuivre dans l'église tout au long du mois, le matin, cependant les circonstances en ont décidé autrement. L'expérience que permettent les exercices spirituels est une expérience de relation avec Dieu : Dieu nous parle et Dieu parle à notre coeur à travers la méditation de l'Ecriture et de la Foi, à travers le discernement des motions intérieures qui agissent en nous, à travers le temps et la régularité de la prière. Nous aimerions des expériences plus immédiates de Dieu, des paroles plus claires, des visions limpides, des apparitions incontestables. Mais où serait notre liberté ? Comment Dieu nous respecterait-il si ses manifestations sensibles s'imposaient à nous ? Dieu se laisse trouver par ceux qui le cherchent et les exercices ne sont rien d'autre qu'un moyen de la quête de Dieu et de sa volonté.

 

Les exercices font droit à l'humanité dans sa dimension sensible, son corps, ses capacités cognitives. Tout l'humain est convoqué pour "sentir et goûter" : il y a là une spiritualité qui unifie profondément l'être dans toutes ses composantes. Les émotions, les joies et les peines intérieures, ne sont pas gommées mais sont étudiées pour en connaître les causes profondes et les orienter. Cette unification de l'être est source de paix intérieure et de joie, et nos contemporains, souvent aux prises face à l'absurdité de nos sociétés de consommation, à l'insatisfaction que propose "le monde", peuvent trouver là un chemin de cohérence et de vie.

 

La relecture régulière des motions de l'Esprit dans notre prière, notre vie de foi, notre vie quotidienne, non comme une étude narcissique dont la fin du confinement nous offrira pléthore de publications mais comme la découverte d'un Dieu qui nous parle et nous aime, est un exercice que l'on peut poursuivre après cette retraite. Il s'agit là d'étudier Dieu qui nous parle et nous appelle à Lui.

 

Il peut être intéressant de relire les exercices après les avoir exercés, pour saisir et sentir des points qui nous ont particulièrement touchés, des lieux que l'on voudrait revisiter, des explications d'Ignace que l'on veut approfondir. Il y a des passages que je n'ai pas abordés car nous étions contraints par le temps (et l'espace). L'essentiel reste de se s'approprier la parole de Dieu, la vie du Christ et de la ruminer pour sentir et goûter le Seigneur avant de le contempler face à face dans le Royaume. 

 

Bonne fin de carême et prenez soin de vous et des autres ! 

 

26 mars

 

 

A la suite de ces règles de discernement, Ignace continue à délivrer quelques conseils, pour veiller plus particulièrement à la réforme de l'état de vie des retraitants qui auraient déjà fait un choix définitif.

Ces quelques conseils sont assez savoureux car ils sont immédiatement utiles, dans la vie quotidienne, pour des décisions de moindre importance. Ils s'adressent cependant à des personnes ayant un jugement moral déjà fondé, recherchant sincèrement la suite du Christ.

 

339 La deuxième règle. Je vais imaginer un homme que je n’ai jamais vu ni connu et, désirant pour lui toute perfection dans le ministère et l’état qui sont les siens, voir comment je voudrais qu’il se règle dans sa manière de distribuer les aumônes pour une plus grande gloire de Dieu notre Seigneur et une plus grande perfection de son âme et moi faisant ainsi, ni plus ni moins, j’observerai la règle est la norme et je voudrais pour cet autre et que je juge être la meilleure.

 

340 La troisième règle. Je veux considérer, comme si j'étais à l'article de la mort, la forme et la norme que je voudrais alors avoir suivies dans la charge de mon administration. Me réglant sur elles, je les observerai dans chacun des actes de mes distributions.

  

341 La quatrième règle. Considérer comment je serai au jour du jugement ; bien penser comment je voudrais alors avoir rempli cet office et cette charge du ministère, et la règle que je voudrais alors avoir suivie, la suivre maintenant. 

 

Ignace nous place en trois situations imaginaires (ou futures) : face à un inconnu qui demande un conseil, nous imaginant au dernier jour de notre vie et nous imaginant lors du jugement dernier. 

- ce que nous conseillerions de faire à un inconnu 

- ce que nous aurions aimé faire sur ce point à la fin de notre vie

- ce que le Seigneur jugera du choix que nous aurons fait. 

Ces trois règles nous invitent en fait à réfléchir en dehors de toute affection immédiate, caprice, excès de zèle, pusillanimité ou peur, face à des décisions plus ou moins quotidiennes. Elles nous invitent aussi à fonder en raison et sous le regard de Dieu nos décisions en pesant le pour et le contre, en relativisant en fonction de notre état de vie, de nos contraintes, de nos engagements (l'état qui sont les siens).

Saint Ignace parle ici plus particulièrement de la distribution des aumônes et du train de maison, mais cela peut s'appliquer sur de nombreux domaines comme des achats, des investissements, des conflits familiaux, des relations professionnelles etc. Il s'agit de prendre de la hauteur pour regarder objectivement les situations et choisir la décision à la fois la plus juste humainement et la plus sainte chrétiennement. Bien sûr cela exclut ce qui est du domaine du péché au sens propre : il n'est pas question ici d'hésiter entre être honnête et ne pas l'être, être fidèle ou ne pas l'être, etc. Il s'agit de matières moralement neutres pour lesquelles nous voudrions servir une plus grande gloire de Dieu notre Seigneur

Ignace propose encore en cette quatrième semaine une série de méditation sur des apparitions du Christ ressuscité. Je les écris toutes ici pour que vous puissiez choisir celles qui vous plaisent dans les jours à venir. Nous finirons cette retraite demain. 

305 LA SEPTIÈME APPARITION

Jean 20, 24-29

 

Premier.  Saint Thomas, incrédule parce qu'il était absent à l'apparition précédente, dit : Si je ne le vois pas, je ne le croirais pas.

Deuxième.  Jésus leur apparut, huit jours après, les portes étant fermées et dit à saint Thomas : « Mets ici ton doigt et vois la vérité, et ne sois pas incrédule mais croyant'. »

Troisième. Saint Thomas crut, disant : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Le Christ lui dit : « Heureux sont ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. »

 

306 LA HUITIEME APPARITION

Jean, dernier chapitre, 1-17

 

Premier. jésus apparaît à sept de ses disciples qui étaient en train de pêcher et qui, de toute la nuit, n'avaient rien pris. Jetant le filet sur son ordre, « ils ne pouvaient le retirer à cause de la grande quantité de poissons. » 

Deuxième. A ce miracle, saint jean le reconnut et dit à saint Pierre : « C'est le Seigneur. » Celui-ci se jeta à la mer et vint vers le Christ. 

Troisième. Il leur donna à manger une part de poisson grillé et un rayon de miel. Il confia les brebis à saint Pierre qui avait d'abord été interrogé par trois fois sur la charité. Et il lui dit : « Pais mes brebis. » 

 

307 LA NEUVIÈME APPARITION

Matthieu, dernier chapitre, 16-20

 

Premier. Les disciples, sur l'ordre du Seigneur, vont au mont Thabor.

Deuxième. Le Christ leur apparaît et dit : « Tout Pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. »

Troisième. Il les envoya, prêcher dans le monde entier, en disant : « Allez et enseignez tous les peuples, les baptisant au nom du Père et du Fils et de l'Esprit Saint. »

 

308 LA DIXIÈME APPARITION

dans lapremière épître aux Connthiens, chapitre 15,6

 

“Ensuite il a été vu par plus de cinq cents frères ensemble.”

 

309    LA ONZIÈME APPARITION

dans la première épître aux Corinthiens, chapitre 15, 7

 

“Il apparut ensuite à saint Jacques.”

 

310 LA DOUZIÈME APPARITION

 

Il apparut à Joseph d'Arimathie, comme on le médite pieusement et comme on le lit dans la Vie des Saints.

 

311   LA TREIZIÈME APPARITION

Première épître aux Cotinthiens, chapitre 15, 8

 

Il apparut à saint Paul, après l'Ascension : « En dernier lieu, c'est à moi, comme à l'avorton, qu'il est apparu. »

Il apparut aussi, en son âme, aux saints Pères des limbes ; et après les en avoir retirés et avoir repris son corps, il apparut de nombreuses fois aux disciples et s'entretenait avec eux.

312 L'ASCENSION DU CHRIST NOTRE SEIGNEUR

Actes 1, 1-12

 

Premier. Après que, pendant quarante jours, apparut aux Apôtres, donnant beaucoup de preuves et de signes et parlant du Royaume de Dieu, il leur ordonna d'attendre à Jérusalem l'Esprit Saint promis.

Deuxième. Il les emmena au mont des Oliviers; en leur présence il fut élevé, et une nuée le fit disparaître à leurs yeux.

Troisième. Tandis qu'ils regardaient vers le ciel, les anges leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi êtes-vous là à regarder vers le ciel ? Ce jésus, qui est emporté hors de votre vue vers le ciel, viendra de la même manière que vous l'avez vu aller au ciel. »

 

 

 

 

25 mars

Tout d'abord bonne fête de l'Annonciation ! Je vous rappelle que le Saint Père a proposé à tous les chrétiens de réciter ensemble, à midi aujourd'hui, un Notre Père pour implorer la miséricorde divine. Ce soir à 19 h 30, à la demande des évêques de France, nous sonnerons les cloches 10 mn et sommes invités à allumer des bougies à nos fenêtres en lisant en famille le récit de l'Annonciation dans l'Evangile. 

Nous sommes en carême, nous sommes confinés, mais c'est un jour de fête ! Marquons-le d'une manière ou d'une autre : la liturgie, qu'elle soit célébrée dans l'église paroissiale ou à la maison, est l'occasion de rythmer la vie et de casser la monotonie des jours, surtout quand ceux-ci sont soumis à des contraintes comme celles que nous vivons en ce moment : profitons en. 

Ignace propose une deuxième série de règles concernant le discernement des esprits, règles convenant mieux à la deuxième semaine. Pourquoi ? Les premières règles s'adressent à des personnes examinant leur conscience et voulant se convertir. Les autres à des personnes méditant la vie du Christ jusqu'à la Passion, souvent pour faire des choix de vie ou de conversion. Les deuxièmes règles sont plus fines, moins grossières en langage ignatien, parce que le combat spirituel devient plus fin. Il n'y a pas de règles pour la 3ème et 4ème semaine car la décision spirituelle (l'action) a été prise : ce que veut Ignace c'est que cette décision spirituelle, cette élection, cette action dans le processus de décision et de réalisation, soit prise de la façon la plus pure possible. Il faut donc discerner avec d'autant plus de finesse au moment du choix. Le mauvais esprit fera oeuvre d'autant plus de finesse ainsi que le bon Esprit. 

328

REGLES VISANT AU MEME EFFET AVEC UN PLUS GRAND DISCERNEMENT DES ESPRITS

Elles conviennent davantage à la deuxième semaine

 

329 la première règle. Le propre de Dieu et de ses anges et de donner, dans leur motion, une véritable allégresse et joie spirituelle, en écartant toute tristesse et trouble que suscite l’ennemi. Le propre de celui-ci et de lutter contre cette allégresse et cette consolation spirituelle, en présentant des raisons apparentes, des subtilités et de continuels sophismes.

 

330 la deuxième règle. Il appartient à Dieu notre seigneur, seul, de donner un homme une consolation sans cause précédente ; car c’est le propre du créateur d’entrer, de sortir, de produire en elle une motion, là maintenant tout entière à l’amour de sa divine majesté. Je dis : sans cause, c’est-à-dire sans qu’il y ait de sentiment préalable ou de connaissance de quelque objet par lequel pourrait venir cette consolation par le moyen de ses actes de l’intelligence et de la volonté.

Ces deux premières règles montrent la simplicité de Dieu. Pour dire bref : plus c'est compliqué, plus c'est tordu, plus c'est fabriqué, moins il y a de chances que cela vienne de Dieu. C'est un constat que l'on fait souvent dans l'accompagnement spirituel et que l'on remarque dans les vies des saints : les choses sont simples, claires, lisibles et joyeuses quand elles viennent de Dieu. Elles sont complexes, cachées, remplies de raisonnements à tiroirs quand elles sont le fruit de nos complexités mentales, psychologiques, ou le fruit du mauvais esprit. Ces consolations apparaissent aussi comme un pur cadeau, sans causes apparentes. Elles ne sont pas fabriquées par des techniques, des substances plus ou moins licites, des conditions spatio-temporelles que l'on fabrique à grand renfort de coaching divers. On peut vivre une parfaite consolation et joie spirituelle un petit matin blême d'hiver dans un métro bondé alors qu'on a mal dormi et que tout semble aller de travers ! La consolation n'est pas une joie fabriquée : c'est un cadeau de Dieu. 

 

331 la troisième règle. Avec une cause, le bon ange aussi bien que le mauvais peuvent consoler l’âme mais à des fins contraires : le bon ange pour le profit de l’âme, afin qu’elle croise et s’élève du bien vers le mieux, et le mauvais ange pour le contraire et afin de l’attirer à l’avenir vers son intention de nuire et sa malice. 

 

332 la quatrième règle. Le propre de l’ange mauvais, qui se transforme en ange de lumière, est d’entrer dans les vues de l’âme fidèle et de sortir avec les siennes. C’est-à-dire en présentant des pensées bonnes et saintes, en accord avec cette âme juste et ensuite d’essayer peu à peu de faire aboutir les siennes en attirant l’âme vers ses tromperies dissimulées et ses intentions perverses.

 

333 la cinquième règle. Nous devons être très attentif au déroulement des pensées. Si le commencement, le milieu et la fin sont entièrement bon et orienté vers le bien, c’est le signe du bon ange. Mais si le déroulement des pensées qu'il présente abouti à quelque chose de mauvais, ou qui détourne du bien, ou qui est moins bon que ce que l'âme s'était auparavant proposé de faire,  ou s'il affaiblit ou inquiète ou trouble l'âme en lui enlevant sa paix, sa tranquillité et la quiétude qu'elle avait auparavant, c'est un signe clair que cela vient du mauvais esprit, ennemi de notre progrès et de notre salut éternel.

Ces trois règles visent au discernement de la cause et des effets de ces consolations. Il ne s'agit pas seulement d'avoir une consolation ou une pensée pieuse car celles-ci peuvent venir du mauvais esprit pour nous conduire vers le mal à la fin. L'enfer est pavé de bonnes intentions dit-on, ce qui est souvent assez juste. Par exemple, pour soi-disant servir et protéger la réputation de l'Eglise on va taire un scandale. Ou pour faire vivre sa famille on fera des choses malhonnêtes. Le déroulement des pensées du début à la fin doit avoir pour but de faire le bien et la fin ne justifie pas les moyens.    

 

334 La sixième règle. Quand l'ennemi de la nature humaine aura été senti et reconnu à sa queue de serpent et à la fin mauvaise vers laquelle il conduit, il est profitable, pour celui qui a été tenté par lui, de regarder ensuite le déroulement des pensées bonnes qu'il lui a présentées et leur commencement, et comment, peu à peu, il a essayé de le faire descendre de la suavité et de la joie spirituelle où il était, jusqu'à l'attirer vers son intention dépravée. Ainsi, par cette expérience connue et notée, on se gardera à l'avenir de ses tromperies habituelles.

Ignace propose ici de voir comment agit le mauvais esprit, quel est son modus operandi qui sera certainement différent pour chacun d'entre nous. Il ne va pas tenter un grand intellectuel habitué à des réflexions fines par des tentations simples : il va l'engager sur des chemins de réflexion tordu et le perdre dans une foret obscure de demi-vérités et de manipulations. Il ne va pas perdre son temps à essayer de nous tenter sur des vertus que nous avons acquises définitivement par éducation, vertu, expérience ou tempérament. Il nous tentera sur des vertus fragiles en raison des circonstances : le jeune marié ne sera pas facile à séduire mais l'homme mur plus facilement.    

       

335 La septième règle. Chez ceux qui vont de bien en mieux, le bon ange touche l'âme doucement, légèrement et suavement, comme une goutte d'eau qui entre dans une éponge ; et le mauvais la touche de façon aiguë, avec bruit et agitation, comme lorsque la goutte d'eau tombe sur la pierre. Chez ceux qui vont de mal en pis, ces mêmes esprits les touchent d'une manière opposée. La cause en est que la disposition de l'âme est opposée ou semblable à ces anges. Car, lorsqu'elle leur est opposée, ils entrent bruyamment et sensiblement, de façon perceptible. Mais quand elle est semblable, ils entrent silencieusement, comme dans leur propre maison, portes ouvertes. 

Cette règle reprend la deuxième règle d'hier : quel est le mouvement foncier de l'âme ? Ceux qui ne soucient ni du bien ni de faire le bien considèrent toujours comme une agression les paroles visant à un plus grand discernement moral. Il suffit de reprendre quelque débat de société pour s'en convaincre. Ceux qui se soucient du bien et de faire le bien sont hypersensibles à toute injustice. Il me semble aussi que le mauvais esprit peut exaspérer autant les premiers que les second afin d'apporter la division, ce qui est son sport préféré. Les "saines indignations" qui tournent à la violence pour de nobles causes peuvent être le fruit du mauvais esprit. Les "évidences morales" qui se drapent de tolérance, d'accueil et d'humanité peuvent elles aussi être le fruit du mauvais esprit sous l'apparence du bien. 

 

336 La huitième règle. Quand la consolation est sans cause il n'y a pas de tromperie en elle, puisque, comme on l'a dit, elle est de Dieu notre Seigneur seul. Cependant la personne spirituelle à qui Dieu donne cette consolation doit regarder et distinguer avec beaucoup de vigilance et d'attention le temps même où cette réelle consolation était présente de celui qui suit, où l'âme reste toute brûlante et favo­risée du bienfait reçu et des suites de la consolation précédente. 

Souvent, en effet, dans ce second temps, soit par son propre raisonnement à partir de liaisons et déduc­tions nées de nos idées et jugements, soit du fait du bon esprit ou du mauvais, nous concevons divers projets et diverses opinions qui ne sont pas donnés immédiatement' par Dieu notre Seigneur. C'est pourquoi il est nécessaire de les examiner très attentivement avant de leur accorder entier crédit et de les mettre à exécution.

Cette règle, un peu complexe, nous met en garde. Ce n'est pas parce qu'une consolation claire et venant de Dieu vient et semble porter ses fruits que les fruits viennent eux-mêmes de Dieu. Cette règle il me semble, ouvre sur les 3ème et 4ème semaine, temps de vérification de l'élection faite dans la durée. 

Pour nos méditations aujourd'hui je vous propose celle de l'Annonciation en parallèle de celle aux disciples le soir de Pâques, en comparant pour "sentir et gouter les choses intérieurement." 

Bonne fête !

262 L'ANNONCIATION DE NOTRE DAME

selon ce qu'écrit saint Luc, au chapitre 1, 26-38

 

Premier point.  L'ange saint Gabriel, en saluant Notre Dame, lui annonça la conception du Christ notre Seigneur. « L'ange entrant là où était Marie la salua en lui disant : Salut, pleine de grâce, tu concevras en ton sein et tu enfanteras un fils. »

Deuxième.  L'ange confirme ce qu'il a dit à Notre Dame, en annonçant la conception de saint jean Baptiste.  Il lui dit : « Et voici qu'Élisabeth, ta parente, a conçu un fils en sa vieillesse. »

Troisième.  Notre Dame répondit à l'ange ; « Voici la servante du Seigneur ; que cela s'accomplisse en moi selon ta parole. »

304 LA SIXIÈME APPARITION  Jean, chapitre 20, 19-23

 

Premier.  Les disciples étaient réunis « par crainte des juifs », à l'exception de saint Thomas.

Deuxième. Jésus leur apparut, les portes étant fermées ; étant au milieu d'eux, il dit : « La paix soit avec vous. »

Troisième.  Il leur donne l'Esprit Saint en leur disant : « Recevez l'Esprit Saint; ceux auxquels vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés. »

24 mars

Le discernement des esprits. 

Il est souvent question de désolation et de consolation dans les exercices spirituels et du bon esprit et du mauvais esprit. Ignace donne des pistes de réflexions pour discerner les motions intérieures que l'on ressent afin de savoir d'où et de qui elles viennent. Il les divise en deux parties, la première ayant trait plutôt au discernement lors de la première semaine, et la seconde lors de la deuxième semaine et suivantes.

Le vocabulaire est militaire : combat, ruse, trahison, attaque, ennemi, perte. Cette approche peut être déroutante si elle n'était qu'une attitude extérieure, violente. Le discernement a pour but de montrer au retraitant qu'il possède en lui-même les clés pour ne pas entrer dans cette violence qui n'est que le fait du mauvais esprit alors que le Seigneur veut l'établir dans la paix. 

Dans le discernement des esprits de la première semaine, nous avons 14 règles : 

 

Les deux premières sont des principes généraux suivant l'attitude intérieure des personnes : 

314      La première règle. Chez ceux qui vont de péché mortel en péché mortel, l'ennemi, en général, a coutume de leur proposer des plaisirs apparents : il leur fait imaginer des jouissances et des plaisirs et des sens, pour mieux les conserver et les faire croître dans leurs vices et leurs péchés. Chez ceux- là, le bon esprit utilise une manière de faire inverse : il les aiguillonne et mord leur conscience par le sens moral de la raison. 

 

315      La deuxième règle. Chez ceux qui se purifient intensément de leurs péchés et qui, dans le service de Dieu notre Seigneur, s'élèvent du bien vers le mieux, c'est la manière de faire inverse de celle de la première règle. Car, alors, le propre du mauvais esprit est de mordre, d'attrister et de mettre des obstacles, en inquiétant par de fausses raisons pour qu'on n'aille pas plus loin. Et le propre du bon esprit est de donner courage et forces, consolations, larmes, inspirations et quiétude, en rendant les choses faciles et en écartant tous les obstacles, pour qu'on aille plus avant dans la pratique du bien. 

Le ressort de ces deux premiers points est l'inquiétude : soit elle provient du bon esprit, dans la première règle, soit elle provient du mauvais esprit, dans la seconde règle. Ce qui va fonder l'action de l'un ou de l'autre sera l'attitude intérieure de la personne. Il est donc nécessaire de savoir dans quelle attitude intérieure se situe une personne si l'on veut être pour elle un bon esprit et l'aider. 

Nous avons ensuite deux définitions : celle de la consolation et celle de la désolation

316      La troisième règle. De la consolation spirituelle. J'appelle consolation quand se produit dans l'âme quelque motion intérieure par laquelle l'âme en vient à s'enflammer dans l'amour pour son Créateur et Seigneur, et ensuite quand elle ne peut plus aimer aucune chose créée sur la face de la terre pour elle-même, mais seulement dans le Créateur de toutes ces choses.

De même, quand elle verse des larmes qui portent à l'amour de son Seigneur, soit à cause de la douleur ressentie pour ses péchés ou pour la Passion du Christ notre Seigneur, soit pour d'autres choses droitement ordonnées à son service et à sa louange.  

Enfin, j'appelle consolation tout accroissement d'espérance, de foi et de charité, et toute allégresse intérieure qui appelle et attire aux choses célestes et au salut propre de l'âme, l'apaisant et la pacifiant en son Créateur et Seigneur. 

 

317      La quatrième règle. De la désolation spirituelle. J'appelle désolation tout le contraire de la troisième règle, comme par exemple, obscurité de l'âme, trouble en elle, motion vers les choses basses et terrestres, absence de paix venant de diverses agitations et tentations qui poussent à un manque de confiance ; sans espérance, sans amour, l'âme se trouvant toute paresseuse, tiède, triste et comme séparée de son Créateur et Seigneur. 

Car de même que la consolation est contraire à la désolation, de même les pensées qui proviennent de la consolation sont contraires aux pensées qui proviennent de la désolation. 

Nous trouvons là des catégories profondément psychologiques de la nature humaine, à la différence que ces motions intérieures sont définies sur un rapport à Dieu et non seulement par rapport à la vie en général. Il ne faut donc pas confondre désolation et dépression, consolation et guérison. C'est une erreur qui a pu être commise à vouloir tout spiritualiser sans discerner des causes autres (psychiatriques, traumatiques). Il s'agit là de l'attitude intérieure qui est la nôtre dans le rapport à Dieu et il faut manier avec prudence le discernement des ces motions intérieures. Une consolation peut se révéler être un délire mystique et une désolation une déprime clinique. Ce qu'Ignace pointe là, ce sont les réactions que causent en nous les différentes méditations. La fréquence des changements manifestera s'il s'agit d'une attitude spirituelle qui nous guide et nous éclaire ou d'une structure pathologique foncière. 

Puis cinq règles concernant la désolation qui précisent causes et effets de celle-ci : 

318      La cinquième règle. Au temps de la désolation ne jamais faire de changement, mais être ferme et constant dans les résolutions et dans la décision où l'on était le jour qui a précédé cette désolation, ou dans la décision où l'on était lors de la consolation précédente. Car, de même que dans la consolation c'est davantage le bon esprit qui nous guide et nous conseille, de même dans la désolation c'est le mauvais : avec ses conseils, nous ne pouvons prendre le chemin pour réussir. 

 

319      La sixième règle. Bien que dans la désolation nous ne devions pas changer nos résolutions premières, il est très profitable de se changer vigoureusement soi-même face à cette désolation ; par exemple, en insistant davantage sur l'oraison et la méditation, en s'examinant avec soin et en donnant, d'une manière convenable, plus de place à la pénitence. 

 

320      La septième règle. Celui qui se trouve dans la désolation considérera comment le Seigneur l'a laissé dans l'épreuve à ses facultés naturelles, afin qu'il résiste aux diverses agitations et tentations de l'ennemi ; car il le peut avec le secours divin qui lui reste toujours, même s'il ne le sent pas clairement. En effet, si le Seigneur lui a retiré sa grande ferveur, son immense amour et sa grâce intense, il lui reste cependant la grâce suffisante pour le salut étemel. 

 

321      La huitième règle. Celui qui se trouve dans la désolation travaillera à demeurer dans la patience, qui est contraire aux vexations qui lui surviennent ; et il pensera qu'il sera vite consolé, s'il prend les moyens pour lutter contre cette désolation, comme cela a été dit dans la sixième règle.

 

322      La neuvième règle. Il y a trois causes principales pour lesquelles nous nous trouvons désolés.

La première, c'est que nous sommes tièdes, paresseux ou négligents dans nos exercices spirituels ; ainsi c'est à cause de nos fautes que la consolation spirituelle s'éloigne de nous. 

La deuxième, pour nous faire éprouver ce que nous valons et jusqu'où nous avançons dans son service et sa louange sans un tel salaire de consolations et de grandes grâces.

La troisième, pour nous donner véritable savoir et connaissance, en sorte que nous sentions intérieurement qu'il ne dépend pas de nous de faire naître ou de conserver une grande dévotion, un amour intense, des larmes, ni aucune autre consolation spirituelle, mais que tout est don et grâce de Dieu notre Seigneur; et pour que nous ne fassions pas notre nid chez autrui, élevant notre esprit en quelque orgueil ou vaine gloire, nous attribuant à nous-mêmes la dévotion ou les autres formes de consolation spirituelle.    

Là le chef de guerre qu'est Ignace propose de tenir : tenir face à l'épreuve, en chercher la cause, s'en remettre à Dieu. On voit la rapidité avec laquelle désolation et consolation se succèdent. Nous sommes dans le cadre d'une retraite, un temps court, et le "sismographe" est très fin. Nous sommes aussi dans les règles de la première semaine, la méditation du péché, qui ne porte pas à de grandes consolations ! Ignace met en garde pour que les retraitants ne perdent pas trop vite courage. 

Puis deux règles sur la consolation :  

323      La dixième règle. Celui qui se trouve dans la consolation pensera à la façon dont il se comportera dans la désolation qui viendra ensuite, prenant de nouvelles forces pour ce moment-là. 

 

324      La onzième règle. Celui qui est consolé cherchera à s'humilier et à s'abaisser autant qu'il le pourra, en pensant au peu dont il est capable dans le temps de la désolation, sans cette grâce ou consolation. A l'inverse, celui qui se trouve dans la désolation pensera qu'il peut beaucoup avec la grâce suffisanté pour résister à tous ses ennemis, en prenant des forces dans son Créateur et Seigneur. 

Il s'agit de deux mises en garde pour ne pas se croire arrivé lors de la consolation et se mettre en perspective : ce que je ressens maintenant est changeant et il faut donc cultiver une certaine indifférence (on retrouve cette attitude ignatienne vue auparavant) face à ces attitudes intérieures.

Les douzième règle pourrait valoir un procès à Ignace en sexisme aujourd'hui. 

325      La douzième règle. L'ennemi se comporte comme une femme : il est faible quand on use de la force et fort quand on le laisse faire. En effet, c'est le propre de la femme, quand elle se querelle avec un homme, de perdre courage et de prendre la fuite quand l'homme lui tient tête résolument ; mais, à l'inverse, si l'homme commence à fuir en perdant courage, la colère, la vengeance et la férocité de la femme deviennent immenses et sans limites. De la même manière, c'est le propre de l'ennemi de faiblir et de perdre courage, de fuir avec ses tentations, lorsque celui qui s'exerce dans les choses spirituelles tient tête résolument aux tentations de l'ennemi, faisant diamétralement l'opposé. A l'inverse, si celui qui s'exerce commence à avoir peur et à perdre courage lorsqu'il subit des tentations, il n'y a pas sur la face de la terre bête si féroce que l'ennemi de la nature humaine dans la poursuite de son intention de nuire avec si grande malice.

Ce point nous instruit sur les rapports hommes femmes au XVIe siècle en Espagne. (Ont-ils vraiment changés ?) Il encourage en tout cas à une certaine fermeté où l'on retrouve le milouf qui tient sa garnison. 

326 La treizième règle. Il se comporte également comme un amoureux frivole, voulant rester caché et ne pas être découvert. En effet, lorsqu'un homme frivole, parlant avec une mauvaise intention, sollicite la fille d'un bon père ou l'épouse d'un bon mari, il veut que ses paroles et ses insinuations restent cachées. Le contraire lui déplaît fort, quand la fille découvre à son père ou l'épouse à son mari ses paroles frivoles et son intention dépravée, car il en déduit aisément qu'il ne pourra réussir dans l'entreprise commencée. 

De la même manière, quand l'ennemi de la nature humaine présente à l'âme juste ses ruses et ses insinuations, il veut et désire qu'elles soient reçues et gardées secrètes. Mais quand celle-ci les découvre à son bon confesseur ou à une autre personne spirituelle qui connaît ses tromperies et ses mauvaises actions, il en est très dépité, car il en déduit qu'il ne pourra réussir dans la ruse qu'il a mise en œuvre, parce que ses tromperies évidentes sont découvertes. 

Cette règle est assez universelle et on la retrouve dans toute la littérature spirituelle de l'Eglise : découvrir ses tentations à un confesseur ou un accompagnateur signe la défaite de la tentation. La vérité rend libre et celui qui fait la vérité vient à la lumière. Ouvrir son coeur et révéler les replis parfois peu glorieux de notre âme torturée libère profondément et permet de dépasser des tentations qui ne sont souvent graves à nos yeux que parce qu'on veut les cacher. Cela est valable pour des personnes, mais aussi pour des corps constitués. On retrouve là toutes les démarches sectaires, les manipulations des esprits et des corps, les gnoses diverses qui cachent aux yeux du monde diverses turpitudes. 

327 La quatorzième règle. Il se comporte également comme un chef de guerre voulant vaincre et dérober ce qu'il désire. En effet, un capitaine et chef d'armée en campagne, après avoir établi son camp et examiné les points forts ou le dispositif d'un château, l'attaque par l'endroit le plus faible.

De la même manière, l'ennemi de la nature humaine fait sa ronde, examine tour à tour chacune de nos vertus théologales, cardinales et morales ; et c'est là où il nous trouve plus faibles et plus démunis pour notre salut éternel, qu'il nous attaque et essaie de nous prendre.  

L'image est celle d'un château, château intérieur cher à Thérèse d'Avila : nous devons vérifier les points de faiblesse de notre citadelle intérieure pour consolider ce qui serait défaillant. Cet état des lieux sert aussi à prendre conscience des forces qui sont les nôtres sur lesquelles on peut s'appuyer. 

Sinon nous continuons les méditations du Christ ressuscité.

300 LA DEUXIÈME APPARITION

Mc, chapitre 16

 

 Premier. De grand matin, Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé vont au tombeau, en disant : « Qui nous enlèvera la pierre de la porte du tombeau ? »

Deuxième. Elles voient la pierre enlevée et l'ange qui dit : « C'est Jésus, le Nazaréen, que vous cherchez ? Il est déjà ressuscité, il n'est pas ici. »

Troisième. Il apparut à Marie, celle qui resta près du sépulcre, après que les autres s'en furent allées.

 

301 LA TROISIÈME APPARITION

saint Matthieu, dernier chapitre

 

Premier. Ces Marie sortent du tombeau avec crainte et grande joie, voulant annoncer aux disciples la résurrection du Seigneur.

Deuxième. Le Christ notre Seigneur leur apparut en chemin, leur disant : « Salut ! » Elles s'approchèrent, se jetèrent à ses pieds et l'adorèrent. 

Troisième. Jésus leur dit : « Ne craignez pas ; allez et dites à mes frères qu'ils aillent en Galilée, parce qu'ils me verront là-bas." 

23 mars

La quatrième semaine dans laquelle nous entrons ce matin est constituée d'une série de 13 méditations sur les 13 apparitions du Christ ressuscité auxquelles se rajoute une méditation sur l'Ascension.

On pourrait tout d'abord être étonné que la Pentecôte ne figure pas dans ces méditations, ni même les premiers chapitres des Actes des Apôtres. Il est question dans ces passages de la vie de l'Eglise primitive or notre place dans l'Eglise a déjà été discernée pendant la deuxième semaine, soit pour un choix de vie définitif soit pour un amendement de sa vie dans une vocation déjà décidée. Aussi je crois qu'Ignace nous place face au Christ ressuscité pour que nous demeurions dans la vérification du choix réalisé et non pour que nous méditions de nouveau sur notre place dans l'Eglise. 

Les annotations sont modifiées : tout doit concourir à nous remplir d'allégresse et de joie spirituelle dans la méditation de ces mystères : 

229 Quatrième remarque.  Dans cette quatrième Semaine, sur l'ensemble des dix additions il faut modifier la deuxième, la sixième, la septième et la dixième. Une deuxième addition sera, tout de suite après m'être éveillé, de me mettre, face à la contemplation que j'ai à faire, voulant être touché et éprouver de l'allégresse en raison de la si grande joie et allégresse du Christ notre Seigneur. La sixième addition se remettre en mémoire et dans la pensée des choses qui incitent au plaisir, à l'allégresse et à la joie spirituelle, comme par exemple la gloire. La septième addition : user de la clarté du jour. ou des agréments du temps, comme, par exemple, de la fraîcheur, en été, du soleil, et de la chaleur en hiver,  la mesure où l'âme pense ou estime que cela peur l'aider à se réjouir en son Créateur et Rédempteur. La dixième addition : à la place de la pénitence, veiller à la tempérance et à une parfaite modération, sauf lorsqu'il y a des préceptes de jeûne et d'abstinence, prescrits par l’Église ; parce que ces préceptes doivent toujours être observés, à moins d'empêchement légitime.

Là encore le corps est convoqué pour servir les motions de l'Esprit : trouver et chercher des moyens de réjouissance légitime pour "sentir et goûter" la joie du Christ ressuscité. Cette joie intérieure "sur mesure" a pour but de permettre les consolations et au bon Esprit de faire son oeuvre en nous. La cohérence des consolations et des désolations sera manifeste : si nous sommes joyeux pendant la méditation de la Passion et déprimé pendant la méditation de la résurrection, il y a là une incohérence spirituelle sur laquelle Ignace veut se pencher et dont l'accompagnateur de la retraite devra tenir compte. Il faut cependant être cohérent : être déprimé avec une rage de dents est logique, être déprimé alors qu'un milliard de personnes sont confinés à cause d'un virus s'explique, se réjouir parce que nous avons reçu une bonne nouvelle est tout à fait compréhensible. Le discernement des esprits doit tenir compte de tout cela. L'indifférence ignatienne permet de mettre en perspective tous ces événements pour que l'oeuvre des esprits soit discerné. 

La première méditation, qui n'est pas dans l'évangile contrairement à toutes les autres dans tous les exercices, est l'apparition à Notre Dame. Il s'agit de la seule fois où Ignace prend une liberté par rapport à l'Ecriture avec cette mention étrange : "Premier.  Il apparut à la Vierge Marie ; ce qui, bien qu'on ne le dise pas dans l'Écriture, est considéré comme sous-entendu quand celle-ci dit qu'il est apparu à tant d'autres. Car l'Écriture suppose que nous avons de l'intelligence, selon ce qui est écrit : « Êtes-vous, vous aussi, sans intelligence ? » Cette formule laconique et incisive laisse penser qu'Ignace a dû batailler pour justifier de cette première méditation de la quatrième semaine. Je crois aussi que nous avons là une trace de la vision du Cardoner, expérience mystique fondamentale d'Ignace, dont je vous copie le récit :

" [30] Une fois il se rendait, pour sa dévotion, dans une église qui se trouvait à un peu plus d’un mille de Manrèse je crois qu’elle s’appelle Saint-Paul et le chemin longe la rivière. Il marchait donc, plongé dans ses dévotions, puis il s’assit pour un moment, le visage tourné vers la rivière qui coulait en contrebas. Comme il était assis en cet endroit, les yeux de son entendement commencèrent à s’ouvrir et, sans percevoir aucune vision, il eut l’intelligence et la connaissance de choses nombreuses aussi bien spirituelles que relevant de la foi et de la culture profane et cela avec une illumination si grande que toutes ces choses lui paraissaient nouvelles.

On ne peut exposer clairement les notions particulières qu’il entendit alors, bien qu’elles eussent été nombreuses, sauf qu’il reçut une grande clarté dans l’entendement, de telle sorte que dans tout le cours de sa vie jusqu’à soixante-deux ans passés, s’il récapitule en esprit toutes les aides qu’il a obtenues de Dieu et toutes les choses qu’il a sues, même s’il les réunit en un faisceau, il ne lui semble pas avoir acquis autant de connaissances que cette fois. Et cela fut de telle sorte qu’il resta l’entendement illuminé au point qu’il eut le sentiment d’être comme un autre homme et d’avoir un autre intellect que celui qu’il avait auparavant.

[31] Après que cela eut duré un bon moment, il alla se mettre à genoux au pied d’une croix qui était toute proche, afin de rendre grâce à Dieu, et là il perçut cette vision qui de nombreuses fois lui était apparue et qu’il n’avait jamais élucidée, à savoir cette chose, décrite plus haut, qui lui semblait très belle, avec beaucoup d’yeux. Mais il vit bien, en étant devant la croix, que cette chose n’avait pas une aussi belle couleur que de coutume. Il eut très claire connaissance, avec un grand assentiment de la volonté, que c’était là le démon." Récit du pélerin, Ignace de Loyala §30 et 31

Cette expérience mystique, pure grâce divine d'intelligence spirituelle, est le centre de gravité de tout le récit de son existence. Elle est préparée par des mois de tâtonnements, d'exercices spirituels et ascétiques plus ou moins intelligents et utiles qu'Ignace raconte parfois comme une mise en garde. Le récit condamnera, par sa propre expérience, toute forme d'excès, de fanatisme, de mortifications inutiles et dangereuses, de comportements étranges au prétexte de la suite du Christ. Ce récit reste fondateur pour une théologie spirituelle chrétienne à l'abri de toutes les dérives possibles. 

  

218 LA PREMIÈRE CONTEMPLATION COMMENT LE CHRIST NOTRE SEIGNEUR APPARUT A NOTRE DAME

 

La prière préparatoire

 

219 Le premier préambule est l'histoire. C'est ici comment, après que le Christ eut expiré sur la croix et que le corps resta séparé de l'âme, la divinité étant toujours unie à lui, l'âme bienheureuse descendit aux enfers, unie pareillement à la divinité ; et, après avoir tiré de là les âmes justes et être venu au sépulcre, ressuscité, il apparut en corps et en âme à sa Mère bénie.

220 Le deuxième préambule : une composition en voyant le lieu. Ce sera ici de voir la disposition du saint sépulcre et l'endroit ou bien la maison où était Notre Dame, en regardant chacune des parties, une à une, comme la chambre, l'oratoire, etc.

 

221 Le troisième préambule : demander ce que je veux.  Ce sera, ici, demander la grâce d'éprouver intensément allégresse et joie de la si grande gloire et joie du Christ notre Seigneur.

 

222 Le premier, le deuxième et le troisième point seront les mêmes que d'habitude, ceux que nous avions pour la Cène du Christ notre Seigneur.            

223 Le quatrième point. Considérer comment la divinité, qui paraissait se, cacher dans la Passion, paraît et se montre maintenant si miraculeusement dans la très sainte Résurrection, par les vrais et très saints effets de celle-ci.

 

224 Le cinquième point. Regarder l'office de consolation que vient exercer le Christ notre Seigneur et le comparer à la façon dont des amis ont l'habitude de se consoler les uns les autres.

 

225 Le colloque. Terminer avec un colloque ou des colloques, selon 'la matière proposée', puis un Pater noster.

© 2014 by Site Officiel de la paroisse Saint Paul Saint Louis à Paris   v1.16. 01/20      Toutes les oeuvres en photo sur ce site proviennent de la paroisse Saint Paul.    

 

 

  • c-facebook